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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 11:29

Bien plus difficiles à traquer que les copies de sacs ou de montres de luxe, les contrefaçons de grands vins, particulièrement les crus français, inondent le marché en Chine, champion mondial du faux.

 

Premières victimes de ce trafic massif, les vins français, les plus réputés, avec un penchant affirmé pour les châteaux du bordelais.

 Et en tête, le château Lafite, célébrissime en Chine où il a la mérite d'évoquer tradition et raffinement à la française tout en ayant un nom (relativement) prononçable.

Chai à barriques de Lafite Rothschild 

La Chine, qui n'a pourtant pas la culture millénaire du vin, est devenue l'an dernier avec Hong Kong, le premier client des Bordeaux en doublant ses importations et des investisseurs chinois ont acheté ces trois dernières années une demi-douzaine de châteaux bordelais.

 

"C'est une consommation d'image, absolument pas du goût", explique à l'AFP Romain Vandevoorde, importateur de vin à Pékin.

Certains Chinois aisés peuvent débourser 50.000 yuans (5.400 euros) pour un château Lafite Rothschild 1982 et les écoles d'œnologie fleurissent.

Wang Li, qui suit un cours à Easescent, résume en quelques mots le rapport simple qu'entretiennent les Chinois avec le nectar, rouge seulement, le blanc étant "une boisson de femme".

 

"Un bon vin, cela permet de montrer qu'on a un statut social élevé", dit-il, "une grande marque et un prix fort sont deux éléments importants pour le vin".

Et une aubaine pour la contrefaçon.

"Il y en a partout. Ca va de l'entrée de gamme au très haut de gamme" dit M. Vandevoorde, "une grande partie des crus classés sont des faux".

"Il y a plus de Lafite 1982 en Chine qu'il n'en a été produit en France. Si on en trouve en Chine, il faut vraiment se méfier!", ajoute-t-il.

 

Il est difficile d'évaluer les pertes que la contrefaçon fait subir au secteur vinicole en Chine. L'échelle des prix est très ouverte: de seulement dix à 4.000 euros la bouteille de vin contrefait pour un premier grand cru.

 

Dans les salons vinicoles qui se sont multipliés, les exposants chinois présentent ouvertement de nombreux vins contrefaits, des copies parfois grossières.

C'est le cas également des grands magasins et petites boutiques, où, vu le nombre encore limité de cavistes, se fournissent la majorité des Chinois.

 

On peut y trouver des bouteilles de Bordeaux contenant du vin coupé d'eau sucrée, de colorants et d'arômes artificiels vendues à des prix stratosphériques comme des "grands crus" de 1983 à des prix anormalement bas avec des étiquettes toutes neuves.

 Etiquette Mouton 2008

Car si ce n'est pas le flacon qui fait l'ivresse, c'est souvent lui qui peut sonner l'alerte: sur les étiquettes on peut lire "Chatelet Latour", "Laffite" ou "Lafitte". Des coquilles qui passent inaperçues auprès du consommateur chinois.

Mais "on a des copies beaucoup plus haut de gamme, beaucoup mieux faites, généralement en réutilisant des bouteilles de grands crus, en les ré-remplissant", explique M. Vandevoorde.

Les bouteilles vides se revendent d'ailleurs sur les sites en ligne.

"A l'intérieur (on verse) du vin qui peut être du Bordeaux correspondant approximativement au millésime. Même s'il s'agit d'un vin de bien moins grande qualité".

"Il y a aussi des mélanges troublants qui trompent les plus grands œnologues, de très bonnes copies", ajoute l'importateur.

 

Même si les Chinois ne boivent encore qu'un litre de vin par an et par personne, dès 2014 la Chine devrait se classer 6ème consommateur de vin dans le monde.

Une explosion qui assure à la contrefaçon un bel avenir.

 

Wen An, qui a ouvert en 2004 Easescent et dit avoir formé 10.000 Chinois à l'œnologie dans sept métropoles, estime que ce sont les consommateurs qui créeront "un marché sain du vin en Chine".

 

"Quand les Chinois auront la capacité de distinguer entre les bons et les mauvais vins, ils ne choisiront plus des produits de contrefaçon", assure-t-il.

 

Copyright © 2011 AFP.

 

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Published by Bacchus & Dionysos - dans Actualités
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commentaires

Messergaster 19/08/2011 15:56


Oui, c'est vrai: vous avez raison de le rappeler!


Isabelle M 18/08/2011 21:19


La contrefaçon est une histoire de sous. Il y a deux marchés :
-le grand nom : On offre le vin en Chine. Mais comme on ne peut pas offrir n'importe quoi à n'importe qui (pas de montre aux gens agés, pas de choses par 4...) il faut que la bouteille parle. Et
comme il est probable que ni l'acheteur ni le destinataire n'aime le vin, il reste l'étiquette.
De même au restaurant, on peut prendre une bouteille pour faire style sur la table...pour la position sociale. C'est le créneau de la contrefaçon haut de gamme et hors de prix.
-le vin en lui même : aujourd'hui, le vin s'assimile à un art comme le thé. On prend des cours de dégustation, on prend conseil auprès de spécialistes ( des fois, juste le fait d'être blanche et
française fait de vous une spécialiste). Du coup, on veut goûter et apprendre.
Pour cela, si on ne peut pas se payer des cours, on se referre au marché, France en tête.
Oui, mais c'est horriblement cher. Alors on se tourne vers du moins cher. Mais comme il est difficile d'avoir un conseil et bien on prend ce qui ressemble à du bon.
D'où le développement d'une contrefaçon meilleure marché. Cela dit, c'est rarement une bonne surprise à l'ouverture et on n'est souvent pas dupé par le contenu. Mais pour s'en rendre compte il faut
un palais éduqué.
IM


Bacchus & Dionysos 19/08/2011 05:18



Pas simple tout ça,
mais au final c’est bien le « vrai » consommateur, le « simple » amateur, qu’il soit chinois, français,…, qui se fait gruger !!!


cdt



Messergaster 18/08/2011 18:57


Je ne suis pas très surprise par ce phénomène.. les Chinois se sont lancé dans toutes sortes de contre-façons alimentaires dont la 1e qui me vient en tête est celle des Ferrero Rocher.
Pour le Château Lafitte, c'est sûr que ça évoque tout un univers luxueux, des images de restos chics parisiens avec les serveurs bien habillés et une argenterie impeccable. Même dans les films
américains, c'est un vin souvent mentionné quand il s'agit d'en mettre "plein les yeux".
Et je comprends tout à fait ce que dit l'article-->j'avais étudié, il y a deux ans, l'alimentation dans le monde d'un point de vue géographique.. ça m'a permis de réaliser à quel point la
"bouffe" servait à se distinguer socialement. Dans des pays comme la Chine (mais même dans un pays en développement, beaucoup moins aisé, tel le Sénégal) un geste banal comme boire du coca cola
devient un moyen indirect d'étaler son bien-être social, exactement comme manger des pots marque La Laitière ou que sais-je d'autre.
(au passage, j'avais vu il y a quelque mois un film non pas chinois mais coréen - The Housemaid- où justement on voyait souvent la famille, très riche, dîner... et j'avais remarqué que non
seulement les personnages utilisaient la fourchette au lieu des baguettes, mais qu'en plus il n'y avais jamais un repas sans vin.)


Bacchus & Dionysos 19/08/2011 05:27



Juste pour tempérer un peu, si les chinois remportent haut la main le titre de champion du monde de la
contrefaçon, il faut tout de même se rappeler que les douanes françaises font aussi la chasse à des trafics et autres fraudes de vins totalement « made in France ».




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